• Née en Ukraine en 1972 d'une mère chypriote grecque et d'un père algérien, Djemila Benhabib grandit à Oran dans une famille de scientifiques engagée dans les luttes politiques et sociales. Très tôt, elle prend conscience de la condition subalterne des femmes de son pays. Condamnée à mort par les islamistes, sa famille se réfugie en France en 1994. Djemila Benhabib s'installe au Québec, seule, en 1997, où elle fait des études en physique, en science politique et en droit international. Elle travaille actuellement pour le gouvernement du Canada.


    interview de l'auteure
    http://www.gaucherepublicaine.org/lettres/respublica_lettre-622.htm#titre-7


    un extrait du livre

    Je n’ai pas honte d’être née femme. Je n’ai pas à m’en excuser. Je n’ai pas à m’en cacher. Les islamistes rendent les femmes coupables de leurs désirs, de leurs misères et de leurs frustrations sexuelles. Ce sont des malades du sexe. La haine et la soumission des femmes cristallisent leur idéologie. Il ne peut y avoir de femmes libres et émancipées dans un État islamiste, ni d’hommes d’ailleurs. Engels avait raison de dire que « le degré d’émancipation de la femme est la mesure du degré d’émancipation générale ».

    Face à la barbarie toujours prête à reprendre ses droits, nous avons la responsabilité, sinon le devoir, de la combattre. Il y va de notre avenir et de celui de nos enfants. C’est un pari difficile mais ô combien salvateur pour l’humanité ! Tout au long de ce livre, j’ai montré quel est le prix à payer pour la liberté. Avec l’affaire des caricatures, nous avons constaté comment les islamistes, relayés par des États puissants tels que l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Égypte, mais aussi la Turquie, ont fait pression sur l’Union européenne et l’ONU pour limiter la liberté d’expression par l’introduction d’une « conception islamique » du blasphème. Sachez qu’en démocratie le droit de critiquer toutes les religions, y compris l’islam, est un principe inaliénable. De même que le droit au blasphème. De plus, l’égalité des sexes, la liberté de conscience et la liberté d’expression sont intouchables.

    Les dérogations pour motifs religieux nuisent aux valeurs fondamentales de notre société. Elles fissurent nos valeurs et accentuent l’emprise des religieux sur la vie publique. Je sais le prix de la compromission et des tergiversations avec les islamistes. J’ai fini, à force d’y être confrontée, par repérer sans la moindre ambiguïté toutes leurs manifestations et leurs implications mortifères. Il ne faut surtout pas que l’islamisme politique serve de cheval de Troie pour ramener progressivement l’Église à reprendre du service au cœur de notre société. Nous avons vu, au Québec, comment Mgr Ouellet a utilisé le débat sur les accommodements raisonnables pour enfoncer le clou et tenter de faire reculer la laïcité : « Quand on donne des permissions pour d’autres groupes religieux et qu’on semble vouloir faire disparaître nos propres symboles sur la place publique, je crois que là, il y a un sentiment d’injustice (…) Je demande un accommodement ou un arrangement pour la majorité. On a donné des accommodements raisonnables à des minorités ou à des individus, mais il y a encore 80 % de la population ou plus qui est soit catholique, soit protestante. Je crois qu’on doit tenir compte de cette majorité quand on prend des décisions législatives pour la transmission des valeurs et d’une culture », a-t-il déclaré sur les ondes de LCN le 20 février 2007.

    D’autres groupes, tel que le B’Nai Brith à la télévision de Radio-Canada, le 12 décembre 2007, ont plaidé en faveur d’un élargissement des accommodements raisonnables : « Son président, Steven Slimovitch, ne voit aucun problème à laisser un juif hassidique choisir le sexe d’un médecin ou celui d’un examinateur de la Société de l’assurance automobile du Québec. Selon lui, il s’agit d’accommodements favorisant l’intégration des hassidim. » Nous savons que de tels arguments ne résistent pas à l’épreuve des faits. La communauté hassidique est l’une des plus opaques du Québec et une communauté qui, de toute façon, ne cherche nullement à s’intégrer à la mosaïque québécoise, mais plutôt à s’en tenir le plus loin possible. Si le Québec s’est libéré de l’emprise de l’Église ce n’est certainement pas pour laisser la place à d’autres religions.

    En France, profitant d’une conjoncture politique fortement marquée par les allégeances du président français, Nicolas Sarkozy, à l’Église catholique et sa campagne contre la laïcité, Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a lancé l’idée d’un « moratoire de dix ou vingt ans » sur la loi de 1905, « afin d’opérer un rattrapage » des besoins de l’islam. « Il faut donner un peu de respiration aux associations qui gèrent les lieux de culte » rapporte Le Monde dans son édition du 28 janvier 2008. Une semaine plus tard, le 9 février, c’était au tour des parlementaires turcs d’adopter des amendements constitutionnels aboutissant à la légalisation du foulard islamique à l’université.

    La laïcité : seule voie de cohabitation possible
    Je considère qu’il ne peut y avoir d’accommodements que s’ils sont compatibles avec l’esprit de la laïcité. « La puissance publique ne doit imposer aucune croyance », affirmait Condorcet. « L’Église chez elle, l’État chez lui », disait encore Victor Hugo. C’est exactement cela. La laïcité organise la Cité en préservant et en respectant la neutralité de l’action publique. Ne promouvoir ni l’athéisme, ni la croyance religieuse, tel est à mon sens le contenu de la neutralité. La liberté de conscience s’accompagne du principe d’égalité dans l’espace commun. L’État doit veiller à la stricte égalité des citoyens, qu’ils soient croyants, agnostiques ou athées. (…) L’école, quel que soit son niveau, de la maternelle à l’université, doit favoriser l’émancipation par la raison et s’affranchir des carcans claniques et religieux. C’est pour cela que ses représentants ne doivent en aucun cas être porteurs de signes distinctifs d’appartenance religieuse ou politique. Elle doit protéger les enfants des luttes idéologiques, religieuses ou politiques, et faire d’eux des citoyens autonomes.
    Je n’ai pas eu la chance de fréquenter une école ouverte sur le monde et la connaissance. Dans la deuxième partie de ce livre, j’ai montré de quelle façon mon école, au service des dogmes et des idéologies, était devenue une usine à fabriquer des mutants. Des gamins avec lesquels j’ai partagé les bancs d’école sont devenus des assassins capables du pire. Ces écoles de la honte et de la haine pullulent non seulement en Algérie, mais à travers tout le monde musulman. Le 4 juillet 2006, je ne fus aucunement surprise de lire dans El-Watan un article intitulé : « Le Coran et la rouqya pour traiter la dépression » (Le Coran et l’exorcisation islamique pour traiter la dépression). Cet article, tout à fait révélateur de l’état de confusion qui règne dans les universités du monde musulman sur la place du religieux, nous résumait les grandes lignes d’une thèse sur le traitement de la dépression par le Coran. La thèse en question venait d’être déposée au département de psychologie de l’université de Bouzaréah à Alger.

    la suite de l'extrait
    http://www.lactualite.com/20090319_133358_10140?page=0,3

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